Jacotène, 19 ans, trace son chemin avec une maturité déconcertante. Originaire de Melbourne, l’artiste a été révélée par le concours australien Triple J Unearthed High, avant de s’installer à Londres. Elle vient de sortir un premier EP touchant, sincère et brut : Untitled (Read My Mind). Rencontre avec une voix en construction, qui fait de la vulnérabilité une force.
“Être vulnérable, c’est ce qu’il y a de plus dur”
Elle s’appelle Chelsea Jacotène, mais c’est sous son nom de famille qu’elle se présente au monde. « Mon prénom, c’est Chelsea. Jacotène, c’est mon nom de famille », explique-t-elle. Si elle est aujourd’hui en pleine ascension, c’est grâce à un parcours qui a débuté dans l’intimité familiale.
« J’étais une enfant très sportive, pas forcément destinée à la musique. Mais mes parents écoutaient tout le temps des CD d’Alicia Keys, Michael Jackson, Lauryn Hill, Bob Marley… C’est eux qui m’ont transmis ça. Ils me montraient aussi des vidéos de concerts, notamment de Whitney Houston. Sans eux, je n’aurais jamais eu cette oreille. »

Melbourne, un socle identitaire
Grandir à Melbourne a été essentiel dans sa construction. « J’ai appris à être qui je voulais être. Les gens autour de moi m’ont toujours encouragée à avancer avec authenticité. Et puis tout ce que je connais est là-bas : mon chien, mes parents, ma meilleure amie… » Un lien profond avec ses racines, même si elle vit aujourd’hui à Londres.
Londres : un nouvel espace de liberté
Ce nouveau départ, elle le vit comme une transformation. « Londres m’a appris à m’amuser davantage. Je découvre plein de choses en observant ce qui m’entoure : la mode, le maquillage, la musique… Voyager me fait grandir. » Elle se laisse porter, mais garde la tête froide.
La révélation du live
Son amour pour la scène, elle l’a découvert à travers une expérience marquante : faire la première partie de Tems, chez elle, à Melbourne. « C’était surréaliste. Je jouais au Forum, ma salle préférée, pour une artiste que j’écoute depuis des années. Je ne pourrai jamais vraiment décrire ce que j’ai ressenti. »
Mais au-delà de l’émotion, cette expérience lui a appris quelque chose de fondamental : « Je me suis rendu compte que j’étais en studio pour pouvoir être sur scène. Maintenant, quand je compose, je pense toujours à ce que ça va donner en live. Je visualise la réaction des gens, leurs visages, leur énergie. »
Créer à partir du chaos
Pour Jacotène, c’est un processus instinctif. Elle parle de “jam”, un moment de lâcher-prise total. « Je vomis tout ce qui me passe par la tête : des mélodies, des idées de paroles, des sensations. Ensuite je laisse reposer, je réécoute, je cherche ce que j’essayais de dire. C’est comme un puzzle. Puis j’écris les textes, je les affine, et enfin j’enregistre les voix avec toute l’émotion. »
Ce qui a été le plus difficile dans ce projet, c’est d’accepter de dire la vérité. « Avant, je chantais les chansons des autres. Mais écrire pour soi, c’est très différent. Être honnête, c’est difficile. Être vulnérable, c’est encore plus dur. »
Faire le tri dans les avis
Elle admet aussi avoir dû apprendre à faire le tri dans les retours. « Quand tu es jeune, tout le monde a un avis. Mais tous les avis ne sont pas bons à prendre. J’ai appris à ne pas écouter les gens avec qui je ne suis pas alignée artistiquement. Il faut savoir à qui faire confiance. »
Untitled, une envie de silence
Le titre de l’EP, Untitled (Read My Mind), reflète ce besoin de silence. « Parfois, je n’ai juste pas envie de parler. J’aimerais que l’autre comprenne ce que je ressens sans que j’aie à l’expliquer. C’est pour ça que je l’ai appelé comme ça. »
Entre force et fragilité : Stop Calling et What Did I Do
Deux titres du projet illustrent bien les extrêmes qu’elle explore. Stop Calling, écrit pendant ses dernières années de lycée, marque un tournant dans son rapport aux autres. « J’ai commencé à passer beaucoup de temps seule, à mieux me connaître. Et ça m’a aidée à dire non à ce qui ne me faisait pas du bien. Quand tu sais qui tu es, tu repères plus vite les énergies toxiques. »
Avec What Did I Do, elle montre une autre facette, plus fragile. « Cette chanson parle du moment où tu as besoin d’aide mais où tu te sens coupable de la demander. Et puis, quand les choses vont mal, tu te demandes ce que tu as fait de travers. C’est une sorte de réflexion intérieure. »
Chanter, mais surtout transmettre
Sur scène, elle cherche l’équilibre entre performance vocale et émotion brute. « J’essaie de me détacher de la technique. Parfois, je suis trop dans ma tête, trop concentrée sur la voix. Mais ce que je veux vraiment, c’est transmettre. Tu peux avoir la meilleure voix du monde, si tu ne ressens rien, ça ne vaut rien. »
Elle affectionne particulièrement les moments bruts, notamment lorsqu’elle chante Stronger en acoustique. « C’est la chanson que je préfère interpréter en live. Juste moi et le piano. Et je la dédie toujours à ma famille quand je la chante en Europe. »
Elle aime construire ses concerts comme un voyage émotionnel. « J’aime avoir une section acoustique dans mon set, mais aussi des moments avec le groupe. J’aime qu’on puisse danser un peu, pleurer un peu… un peu de tout. »
Ses découvertes musicales du moment
Côté découvertes du moment, elle a récemment eu un coup de cœur pour Khamari. « Il a un style proche de Frank Ocean, très introspectif, très mélodique. ». Elle mentionne aussi Baby Rose : « Sa voix est incroyable, vraiment unique. »
Parmi ses écoutes récentes: l’album Cowboy Carter de Beyoncé et le dernier projet de Justin Bieber. « Il y a vraiment une belle palette dans ce qu’il propose. »
Et maintenant ?
Lorsqu’on lui demande avec qui elle rêverait de collaborer, elle répond très simplement : « Je ne pense pas avoir encore trouvé la personne. Mais j’adorerais voir un concert de Paolo Nutini ou d’Alicia Keys. »
Pour la suite, Jacotène reste concentrée sur ses intentions. « Chaque chanson est un pas de plus vers la définition de qui je suis. Mon objectif, c’est que toutes mes idées prennent vie. Je fais beaucoup de moodboards, je planifie. Un jour, j’aimerais être sur scène dans une grande salle, un stade. Mais d’ici là, il faut continuer d’écrire, de chanter, d’imaginer. »
Jacotène est encore au tout début de son parcours, mais elle avance avec force et une honnêteté rare. Une artiste à suivre, non pas pour sa perfection, mais pour tout ce qu’elle ose révéler.
Vous pouvez écouter son nouveau single Why’d You Do That? ici.



