Originaire de la Bay Area, en Californie, Jane Handcock s’impose aujourd’hui comme l’une des voix les plus singulières de la scène R&B et soul contemporaine. Chanteuse, auteure-compositrice, productrice, mais aussi première femme signée par Snoop Dogg sur le mythique label Death Row Records. Avec son dernier projet It’s Me, Not You, Jane se dévoile sans filtre, entre storytelling intime et héritage musical. Nous avons eu l’occasion d’échanger avec elle sur son parcours, son évolution artistique, ses influences et la création de ce nouvel album qui marque une étape majeure dans sa carrière.
Salut Jane, comment tu vas ?
Ca va très bien merci !
Je t’ai découverte avec ton projet Summer Type Flow. C’était en 2019, je pense ? My Thing est l’une de mes chansons préférées. Comment penses-tu avoir évolué en tant qu’artiste depuis ce projet ?
C’est drôle que tu mentionnes cette chanson en particulier, My Thing. Je l’écoutais l’autre jour et je me disais « wow », c’était comme une prophétie de ce que je fais maintenant, parce que j’ai fait My Thing, et aujourd’hui j’ai fait Same Ol’ Love, la reprise sur mon nouvel album. Je pense que j’ai simplement grandi en tant qu’être humain, tu vois ? J’ai grandi en tant qu’artiste et j’ai trouvé ma voix, même si je continue encore à apprendre à me connaître. Je pense que tu ne cesses jamais de grandir, tu n’arrêtes jamais d’apprendre tant que tout n’est pas terminé pour de bon. Et honnêtement, je pense que depuis cette époque jusqu’à maintenant, j’ai tellement grandi. J’ai perdu, j’ai gagné, mais tout ça m’a ramenée ici, c’est sûr.
Parlons maintenant de Death Row Records, parce que tu as signé chez Death Row en 2022. Peux-tu nous dire comment cela s’est passé ? Peut-être partager quelques souvenirs de cette période de ta vie ? Et comment tu te sens d’être appelée la première dame d’un label aussi légendaire ?
Je pense qu’on connaît tous Death Row pour… tu sais, le hip-hop. C’était un pilier du hip-hop et de la bonne musique. Donc, être aujourd’hui sur Death Row, c’est un honneur. C’est une responsabilité, parce que je sens que je ne peux pas être médiocre. Je ne peux pas avoir de médiocrité en faisant partie d’un label aussi emblématique, et juste… oui, être la première dame, c’est une responsabilité que je veux continuer à assumer en donnant le meilleur de moi-même, et honnêtement en continuant à repousser mes limites et à voir jusqu’où je peux aller dans tout ça.
Snoop Dogg étant ton mentor, quel est le meilleur conseil qu’il t’ait donné jusqu’à présent ?
Wow, c’est une excellente question. Je dirais que je me souviens qu’il m’a demandé quel était mon but ultime dans tout ça. Qu’est-ce que je voulais devenir ? Qui je voulais être ? Est-ce que je le savais ? Et je lui ai répondu : « Eh bien, je veux faire tout ce que tu fais. » Parce que pour moi, quelqu’un comme lui fait tout. Et il m’a dit : « Ça dépend de toi. » Et c’est quelqu’un qui donne des conseils de manière indirecte. C’est quelqu’un que j’aime observer, parce qu’il m’apprend parfois sans rien dire, ou alors il sort des petites phrases énigmatiques qui prennent tout leur sens plus tard. Donc le fait qu’il me dise que tout dépendait de moi, ça a eu beaucoup d’impact, parce que ça me permet de devenir ma propre patronne et de savoir qui je suis dans cette industrie musicale. Je pense que c’est très, très important. Donc je dirais que c’est l’un des conseils les plus importants qu’il m’ait donnés : tout dépend de moi.
Parlons maintenant d’écriture et de production. Tu as commencé ta carrière en écrivant et en produisant pour d’autres artistes. Te souviens-tu du premier artiste pour qui tu as écrit ou produit ?
Oui, j’ai écrit pour mon meilleur ami à l’époque, il était signé chez Republic, Adrian Marcel. C’est le premier artiste qui m’a fait confiance pour écrire de la musique. J’ai écrit plein de morceaux pour lui. Et ensuite, ça m’a menée à ma première grosse collaboration, je dirais, avec Kelly Rowland sur son album Talk a Good Game. Je me souviens que j’étais tellement excitée à propos de ça, parce que j’adore Destiny’s Child. Et elle a été la première artiste majeure qui m’a vraiment accueillie telle que je suis. Elle a vraiment adopté mon style d’écriture. Elle a fait confiance à mon son et à ma vision pour ce que je voulais qu’elle fasse, et elle a interprété le morceau de la meilleure manière possible. Donc oui, c’était probablement mon premier gros placement.
Y a-t-il une différence pour toi dans le processus quand tu produis ou écris pour les autres par rapport à quand tu le fais pour toi-même ?
Oui. Je pense que la différence, c’est que c’est honnêtement plus facile de se connecter à la psychologie et à l’énergie des autres pour savoir ce qu’ils veulent dire. Je pense que pour moi, la musique que je fais pour moi-même est tellement honnête et tellement parallèle à la vie que je mène vraiment, quand les caméras sont éteintes, que je ne peux pas mentir. Donc parfois, ça me prend plus de temps pour créer ma propre musique. Et c’est un processus plus intime, je pense. Quand j’écris pour les autres, c’est facile pour moi de servir les autres. C’est facile pour moi de dire « OK, qu’est-ce que tu veux faire ? » C’est facile de me mettre dans la tête de quelqu’un d’autre et de comprendre ce qu’il veut dire.

Quelle a été ta session en studio la plus fun et la plus cool ?
Wow, c’est une excellente question. Quelle est la plus fun ? Je dirais toutes les sessions avec Raphael Saadiq parce qu’il est tellement atypique dans son processus créatif. C’est le genre à s’asseoir et à jouer du piano pendant trois heures juste pour trouver des mélodies. Puis il dira : « Bon, allons manger. » Et on va manger. Et pendant qu’on mange, il parle déjà de : « Ok, on pourrait faire ça, on pourrait faire ça. » Ses sessions, c’est littéralement passer la journée avec lui. Et à la fin de la journée, tu ressors avec quelque chose d’incroyable. Je dirais que c’est mon préféré. C’est quelqu’un de tellement spontané dans sa façon de créer et de vouloir construire un morceau. C’est littéralement comme partir en excursion avec lui, puis revenir en studio et vraiment se concentrer. Pour moi, c’est toujours le plus fun.
Si tu avais pu écrire ou produire une chanson, n’importe laquelle qui existe déjà, ou même un album, ce serait quoi ?
Wow, excellente question. Ce serait un match nul entre My Life de Mary J. Blige et The Miseducation of Lauryn Hill. Ce sont juste des projets incroyables. Je les adore.
Parlons un peu de ton style vocal. Parce que tu chantes, tu rappes, tu chantes avec un flow aussi. Y a-t-il des artistes que tu as étudiés pour créer ton propre style vocal ?
Évidemment, je suis clairement influencée par Missy Elliott. Je pense qu’elle a été l’une des premières que j’ai vues et à laquelle je me suis identifiée dans la manière dont nous abordons la musique, entre rap et chant. Elle a vraiment été la première pour moi. Erykah Badu, Jill Scott, Eve. J’aime aussi le vrai hip-hop. Donc j’adore Jay-Z, A Tribe Called Quest. Tous ces artistes font partie de ce que je suis. Lauryn Hill, évidemment aussi. Ce sont ceux qui ressortent. Et bien sûr, Raphael Saadiq est très important pour moi. Et même Snoop. Snoop Dogg est quelqu’un dont j’ai toujours admiré l’oreille pour la production. Donc oui, je pense que tous ces artistes composent ce que je suis d’une certaine manière. Je n’essaie pas forcément de les copier, mais je suis fortement inspirée par eux dans ma manière d’aborder la musique.
Parlons des performances. Quelle est ta chanson préférée à interpréter et pourquoi ?
Je pense que ma préférée en ce moment, parce que je sors un peu plus, c’est Use Me de It’s Me, Not You. C’est définitivement Use Me. J’adore la chanter. Peut-être que ce sont les harmonies du refrain, mais j’adore. Elle me donne envie de chanter. Elle m’apaise. Certaines chansons de It’s Me, Not You sont parfois vocalement plus exigeantes, pas difficiles, mais je dois réfléchir davantage. Et avec Use Me, c’est fluide et naturel. Et j’adore ça : fluide et naturel.
Le truc le plus fou qui t’est arrivé pendant un show ?
La musique qui s’arrête. Je me souviens d’un show il y a très, très longtemps. La musique s’est coupée pour une raison inconnue. Impossible de la remettre. Du coup, j’ai fini en a cappella. J’aurais pu paniquer, mais non. Et je pense que c’était génial parce que ça m’a permis de vraiment connecter avec le public. Parfois, il faut suivre le flow, et ça te donne de super souvenirs.
Parlons de ce nouvel album, parce que c’est pour ça qu’on est là. It’s Me, Not You. Félicitations, c’est un super album. Peux-tu nous le présenter brièvement ? Quelle histoire veux-tu raconter ?
L’histoire que je veux raconter, c’est celle d’une jeune femme qui assume la responsabilité de là où elle en est dans sa vie à ce moment-là. Est-ce que je resterai toujours là ? Peut-être, peut-être pas. Mais mentalement, spirituellement, émotionnellement, It’s Me, Not You. C’est juste l’histoire de ce que j’ai vécu ces deux dernières années. Et oui, c’est moi qui assume, en bien et en mal, qui je suis. Je l’assume sans m’excuser, je me tiens droite et je suis confiante dans cette version de moi aujourd’hui.

Je veux parler du séquençage de l’album, car il est très bien construit. Peux-tu nous expliquer le processus ?
Ça a été un processus long. Je me souviens être allée voir Snoop avec plein de morceaux. J’avais un dossier avec des titres et je lui ai dit : « Voilà mon album. » Et il m’a dit : « Non, ce n’est pas ton album. » Je n’ai pas compris. J’étais frustrée, agacée, parce que je pensais que c’était bon. Et il m’a dit : « Non, je t’ai signée parce que je veux que tu repousses tes limites pour être aussi grande que je sais que tu peux l’être. » Alors j’ai travaillé avec Superfly et Snoop, et on a tout repris à zéro. On a construit morceau par morceau. Ça a pris environ deux ans. Après un an et demi, j’ai compris. Je voulais que ce soit l’un des meilleurs projets de ma carrière. Il a fallu des jours et des nuits en studio, des larmes, des rires, des pauses pour vivre. Je n’étais pas en studio tous les jours. Et c’est ce qui a fait la qualité du projet.
J’adore les interludes et les skits dans l’album. Comment s’intègrent-ils dans le concept global ?
Je dois remercier Snoop. Il m’a donné la direction. Je voulais des interludes parce que Death Row a toujours eu des skits légendaires. On en a fait la moitié ensemble. C’était super fun.
Quel morceau a été le plus difficile à terminer ?
That’s All I Need vocalement. J’ai dû vraiment me concentrer pour le chanter. Mais en vérité, le plus dur, c’était la logistique : caler les musiciens, attendre, être patiente. Mais oui, vocalement, That’s All I Need était le plus compliqué.
Parlons des visuels. J’adore le fait que chaque morceau ait son propre visuel. Ils semblent représenter des souvenirs et différentes versions de toi.
Oui, absolument. C’est ce avec quoi j’ai grandi. Je voulais ramener une certaine nostalgie, quelque chose qui fait du bien.
J’adore le visuel de For the Views. Est-ce inspiré par Killing Me Softly des Fugees ?
Oui ! Tu as trouvé !
FOCUS SUR QUELQUES MORCEAUX
- L’intro (feat Snoop Dogg) : «Elle est spéciale pour moi. C’était la manière parfaite de m’introduire au monde à plus grande échelle. »
- For the Views (qui sample Biggie – Juicy) ? : «Oui. Mon côté hip-hop voulait être une artiste Death Row avec un sample de Biggie. Pour moi, c’est iconique. Je voulais rendre hommage aux deux camps. J’adore Notorious B.I.G. et Amy Winehouse. J’ai essayé d’apporter une touche d’elle dans mon interprétation. »
- Stare at Me : «Trop fun à faire. Dernier morceau créé avec Anderson .Paak. On a juste décrit nos tenues dans les paroles. Ambiance funky années 70. »
- Blowing Wind Around (l’outro) : «Merci à Harold Lily et BAH. On a beaucoup parlé avant d’écrire. C’était la première fois que je laissais quelqu’un écrire pour moi. C’était spécial. »
- Same Ol’ Love (reprise d’Anita Baker) : «C’est ce que tu veux quand tu es amoureux : ressentir ça tout le temps. Et c’est l’un de mes morceaux préférés. J’avais déjà samplé ce titre il y a longtemps. L’interpréter avec une touche caribéenne, c’était génial. »
Trois collaborations sur cet album : Snoop Dogg, Anderson .Paak, BJ the Chicago Kid. Comment ça s’est fait ?
Tout était organique. BJ m’a DM sur Instagram à une époque où mon nom ne buzzait pas. Il est venu au studio de Raphael Saadiq, et on a créé direct. Avec Anderson, pareil. Et Snoop, dès notre rencontre, on s’est compris. Je veux que chaque collaboration soit authentique, pas juste une connexion « business ».
Tu écoutes quoi en ce moment ?
Beaucoup de Larry June, mon album (beaucoup !), des classiques des années 70 comme The Stylistics, The Delfonics. Ça m’inspire pour les mélodies.
Tu es de la Bay Area, d’Oakland. Des artistes à recommander ?
Oui : LaRussell, Symba, H.E.R., Kehlani, Ledisi (une grande sœur pour moi). Je suis très attachée à ma ville
Question importante : y aura-t-il une version vinyle de l’album ?
Absolument, oui. Je t’annonce ça en exclusivité.
Un concert en France ?
Absolument, c’est en préparation.
Merci à toi Jane, c’est la fin de cette interview ! J’ai vraiment aimé cette discussion avec toi.
Merci à toi, j’ai vraiment apprécié de t’avoir parlé, merci d’écouter ma musique depuis le début !




