Le chanteur britannique Kadeem Tyrell, figure montante du R&B alternatif au Royaume-Uni, vient de sortir son projet KTFM. À cette occasion, il s’est confié à moi sur son parcours, son évolution musicale, son rapport à l’écriture et ses inspirations. Une discussion sincère et généreuse avec un artiste en pleine affirmation de soi.

De la house au R&B, une voix made in London


Kadeem Tyrell est né à Battersea, dans le sud de Londres. D’abord attiré par l’architecture et la photographie, c’est finalement la musique qui le rattrape après ses études.

“J’ai grandi à l’église avec le gospel, mais j’aimais aussi la house que ma tante écoutait. J’ai commencé à chanter à 15 ans, et vers 2018, je me suis vraiment orienté vers le R&B.”

Ses débuts dans la house garage l’ont initié à la scène électronique UK, mais c’est dans le R&B qu’il trouve sa véritable voix. Des influences comme Aaliyah, Donell Jones, Brandy, Usher ou Joe l’aident à affiner un style vocal à la fois doux et émotionnellement profond.

FEELS, le déclic


Son EP FEELS marque un tournant dans sa carrière. Entièrement autoproduit, il enregistre notamment le morceau Moon depuis sa chambre, dans une démarche DIY assumée. “J’ai acheté un micro avec l’argent de l’université et j’ai enregistré en sous-vêtements dans ma chambre ! C’était ma manière de dire que je pouvais le faire, sans studio pro.”

C’est aussi le moment où il commence à assumer sa voix et ses émotions :

“À l’époque, j’étais encore timide. Je n’osais pas pousser ma voix comme aujourd’hui sur des titres comme April 25th. Depuis, j’ai vécu plus de choses, ça m’a fait grandir et évoluer dans mon écriture.”

KTFM : un voyage entre fréquences personnelles


Son nouveau projet, KTFM, est un album riche de contrastes et d’émotions. Le titre lui-même évoque une station radio : chaque chanson capte une « fréquence » différente de son être.

“Entre 2022 et 2024, j’ai traversé beaucoup de choses. J’ai quitté la maison familiale, connu des ruptures, de nouveaux départs… Cet album reflète tout ça. C’est comme une radio intérieure qui scanne mes émotions.”

La pochette – où il apparaît avec un casque orné d’antennes – illustre cette métaphore.

L’expérience américaine : LA vibes et sessions studio

Une partie de l’album a été enregistrée à Los Angeles, une première pour l’artiste.

“Je ne pouvais pas me reposer là-bas. On enchaînait les sessions. Ça m’a reconnecté au plaisir pur de faire de la musique.”

Cette immersion californienne a aussi été l’occasion de travailler avec des producteurs variés et de sortir de ses habitudes. Parmi les collaborations les plus marquantes : ESTA, pour le morceau Where You Are.

“Je l’écoutais déjà à l’époque de SoundCloud. On a fini par avoir une session ensemble à la fin de mon séjour à LA. J’étais intimidé au début, mais tout s’est fait naturellement.”

« Mon morceau préféré du projet ? Blue Heart »

Quand je lui demande quel est son titre favori sur KTFM, sa réponse est claire :

“En ce moment, je dirais Blue Heart. Il y a une vraie narration dans ce morceau. Je me suis inspiré d’Amy Winehouse pour raconter une histoire vraie. Et musicalement, avec les instruments live, ça me touche énormément.”

L’influence d’Amy Winehouse traverse subtilement tout l’album, dans le storytelling comme dans l’honnêteté émotionnelle.

Nouvelles découvertes et collaborations rêvées

Quand je lui demande sa dernière découverte musicale, il n’hésite pas à citer le nom d’une chanteuse de la scène émergente uk, Natanya,

“Une artiste londonienne qui s’appelle Natanya. Un mélange de R&B, rock et indie. Avec un morceau incroyable qui s’appelle Foolish. Elle me rappelle un peu Amy Winehouse.”

Et côté collaborations rêvées ?
“Ezra Collective, Cleo Sol et Kaytranada. Ce serait l’idéal.”

Paris, bientôt ?
Kadeem espère revenir bientôt à Paris, où il aimerait se produire en concert.

“J’étais censé venir pour la Fête de la Musique, mais finalement je suis allé à Glastonbury. Mais je reviendrai, c’est sûr.”

Kadeem Tyrell, un artiste absolument à suivre

Avec KTFM, Kadeem Tyrell nous offre un projet sincère, personnel, et artistiquement abouti. Il y parle d’amour, de solitude, de reconstruction, mais aussi de joie et de lâcher-prise. Une œuvre sensible qui résonne comme une onde douce et vibrante à travers nos écouteurs.

À suivre de très près.
Interview réalisée et rédigée par Imene (Meiniy)