À 27 ans, Mnelia incarne le nouveau souffle du R&B britannique. Née à Londres de parents gambiens, elle façonne depuis dix ans une musique intime et sensible, guidée par un seul fil rouge : l’amour. Artiste, mère et passionnée, elle explore dans ses chansons toutes les nuances de ce sentiment universel. J’ai pu m’entretenir avec elle pour revenir sur son parcours, ses influences ainsi que son processus créatif.
Hello Mnelia, comment tu vas ?
Ça va super et toi ?
Je vais bien merci ! Je t’ai découverte avec ton projet 2:4., j’adore ce projet…
Wow, c’était mon premier projet.
Comment penses-tu avoir évolué en tant qu’artiste depuis ce projet ?
J’ai tellement évolué. C’est fou que tu dises que c’est 2:4 qui t’a fait me découvrir parce que quand je repense à cette version de moi, je me sens comme un bébé. Je n’avais pas encore vraiment vécu la vie. Il y avait encore tellement de choses que je ne savais pas et j’étais assez naïve. Et ouais… la vie elle-même a tellement changé pour moi. Mais je pense que… la plus grande évolution dans ma musique, c’est qu’au niveau personnel, j’ai appris à accepter mes vérités et à accepter les choses qui font que je suis moi, même si je ne les aime pas et que j’en suis complexée. Et pouvoir avoir comme exutoire la création musicale pour parler de mes complexes, de mes insécurités, des choses que j’aime chez moi et de celles que je déteste… juste être honnête.
Avec le temps, ma musique est devenue plus honnête parce que je suis devenue plus honnête avec moi-même dans ma vie personnelle. Donc ça a été un parcours. Mais c’est beau de découvrir une nouvelle vérité et que les gens te disent : « Oh mon Dieu, je me reconnais là-dedans », parce que ça me fait me sentir moins seule. Donc, d’une certaine manière, ma musique a été ma thérapie depuis le début jusqu’à maintenant.

Si je ne me trompe pas, tu as commencé par poster ta musique sur SoundCloud. Peux-tu nous raconter quelques souvenirs de cette période de ta vie ?
Période folle de ma vie. J’avais quitté l’université et je me suis dit : « Je vais juste parier sur moi-même. » Et ce que je faisais, c’était poster des reprises sur SoundCloud. Je reprenais les chansons des autres, j’écrivais mes propres couplets, puis je postais ça pour attirer l’attention de l’artiste original. Je progressais lentement, mais j’adorais ça. J’adorais le frisson de pouvoir créer. Si j’avais une mauvaise journée, j’écrivais une reprise, je la postais sur SoundCloud, je recevais deux likes et je me disais : « Whoop. »
En même temps, je découvrais d’autres artistes. Donc j’étais dans un flux constant d’inspiration. C’était incroyable. Je produisais du contenu, je découvrais le travail des autres, et c’était fantastique. J’ai découvert Bryson Tiller, H.E.R, Roy Woods, The Weeknd… J’ai aussi découvert Jhené Aiko sur SoundCloud, je pense que c’était la première fois que je l’entendais. Peut-être même Frank Ocean, même si je l’avais entendu avant, mais je suis tombée amoureuse de sa musique sur SoundCloud. À cette époque, le R&B était dans un espace vraiment libéré où tu pouvais faire ce que tu voulais. Donc ça a été parfait pour moi.
C’est drôle parce que j’ai découvert tellement d’artistes sur SoundCloud.
Oui, c’est génial. SoundCloud est légendaire. Les vrais mélomanes savent.
Ton premier morceau à succès a été Say Yeah. Te souviens-tu du moment où tu as réalisé que la chanson cartonnait ?
Oui. Je suis allée au studio jeudi, et samedi je nettoyais ma chambre avec mon petit frère. Je mettais la chanson, je dansais dessus parce qu’à l’époque, je voulais faire une musique que personne d’autre n’avait faite. Mon petit frère est entré, on a mis la caméra et on a fait une petite chorégraphie. C’était un vrai moment. Je l’ai postée sur ma story privée Snapchat. Mon ami m’a dit : « Poste ça sur Twitter. »
Je me suis dit : « Pourquoi je posterais ça sur Twitter ? » Mais je l’ai fait. Je me suis endormie, et le lendemain matin, c’était déjà énorme. Jamais je n’avais eu autant d’attention pour ma musique. Les gens me harcelaient presque pour avoir la chanson. Je l’ai sortie début février et ma vie a complètement changé du jour au lendemain. Première diffusion radio, des milliers de followers, des messages d’artistes que j’admirais. Stormzy m’a DM, j’étais à L.A. Tout a changé du jour au lendemain.
Parlons maintenant de l’écriture car tu écris tes propres morceaux, peux-tu nous expliquer ton processus ? Commences-tu par le beat ou par les paroles ?
Ça peut aller dans les deux sens. J’écris tout le temps. Si une phrase me vient, je vais dans mes notes et je la tape tout de suite. J’aime être inspirée par tout. Parfois, quand tu vas en studio et que tu forces l’inspiration, ça ne vient pas. J’ai beaucoup appris ça. Donc j’ai pris l’habitude d’écrire dans mes carnets. Quand j’étais plus jeune, j’écrivais de la poésie et j’adorais le journal intime.
Parfois, les paroles viennent avant le studio, parfois je me laisse inspirer par la musique. Je n’aime pas me mettre dans la case « chaque chanson doit être parfaite ». J’écris d’abord mes pensées, puis je les peaufine. Souvent, je pratique en écoutant mes chansons préférées et en écrivant ma propre version, comme une réponse. L’écriture est un flux d’esprit qui ne s’arrête jamais.
L’écriture peut être difficile parfois, et j’ai des blocages, mais je ne me juge pas. Quand l’inspiration vient, je la note immédiatement, que ce soit dans mon studio ou dans mes notes. Ce n’est pas une question de performance, c’est une question d’honnêteté.
Je peux entendre beaucoup d’influences de Brandy dans ta voix. Quels artistes as-tu vraiment étudiés pour créer ton propre style vocal ? Et qu’as-tu pris de chacun d’eux, comme des runs, des harmonies, des chansons, des choses comme ça ?
Je pense que j’ai toujours beaucoup puisé mon inspiration chez Brandy parce que j’adore les harmonies. Quand j’ai commencé à chanter, je ne chantais pas la mélodie principale, je chantais toujours l’harmonie. Je faisais toujours des harmonisations. J’adore ça… Je suis une énorme fan de Frank Ocean, vraiment fan inconditionnelle. Je connais toutes ses chansons, toutes ses paroles.
Une chose que Frank a vraiment bien faite pour moi, c’est le storytelling, mais de la manière la plus minimale possible. Et je pense que Frank Ocean a fait ça à merveille, parce qu’il prend des sons très aléatoires et les rend efficaces, comme au début de Sweet Life sur Channel Orange, avec quatre claquements de mains, une intro complètement random mais tellement efficace. Frank m’a montré qu’en tant qu’artiste, je n’ai pas besoin d’être la meilleure chanteuse du monde. Je vais toujours travailler ma voix et m’entraîner, mais il y a plus de feeling dans l’honnêteté que dans la gymnastique vocale.
Frank Ocean a donc été une énorme inspiration pour moi. J’adore les chanteurs avec du ton, qui ont un joli timbre. Toni Braxton, incroyable. Elle a l’une de mes voix préférées en R&B. India Arie, encore quelqu’un qui sait rendre quelque chose de simple si beau. Lauryn Hill, ma reine. Ma reine. Ma reine.
Ce que j’ai beaucoup pris de ces artistes, c’est que le timbre a du pouvoir. Je sais que je ne suis pas forcément celle qui va faire des riffs et des runs. Donc j’ai essayé de travailler davantage le ton et l’harmonie que les runs. Essayer vraiment de faire passer l’histoire avec honnêteté et émotion brute.
Quelqu’un qui m’inspire aujourd’hui et le fait de manière incroyable et naturelle, c’est Raye. Elle ne se soucie pas de paraître folle ou ridicule, elle te livre tout tel quel.

Tous les artistes que tu as mentionnés ont vraiment des timbres de voix profonds.
Oui, je n’ai pas un registre très haut, ce qui est fou, mon registre vocal est plus fort dans les graves. Je ne chante pas très bas, mais dans la musique que je vais commencer à faire, je vais m’y mettre.
Oui, c’est ce que j’allais demander.
Je vais m’y mettre. Je pense que ce que j’avais besoin de faire, c’était combattre ma peur de chanter plus haut. Maintenant que je l’ai fait, je suis prête à revenir à mon registre de prédilection. Vous entendrez donc plus de graves, mon registre bas, c’est mon préféré, un peu comme Jazmine Sullivan. C’est sensuel et ça apporte tellement de profondeur, ça rend tout plus ancré et puissant. Donc oui, j’utiliserai plus de tons graves.
Parlons un peu des performances. Quelle est ta chanson préférée à performer et pourquoi ?
La La La de Closure Tapes avec Jayla Darden. C’est ma chanson préférée à performer pour plusieurs raisons. La foule y accroche très vite et si tu ne la connais pas avant le set, tu la connaîtras à la fin et tu la chanteras probablement tout le chemin du retour. C’est une chanson qui me fait me sentir belle. Le sujet n’est pas adorable, c’est à propos d’un homme qui ne te donne pas l’attention que tu veux, mais la nature sensuelle de la chanson me fait me sentir sexy. J’adore être sur scène et me sentir libérée, et si je ressens quelque chose, j’essaie de le transmettre au public, lui faire ressentir que je suis désirable, confiante. C’est quelque chose que l’on partage, pas seulement pour moi. La La La est aussi une de mes chansons préférées à créer.
Tu as été en tournée avec Leigh Anne, peux-tu parler un peu de cette expérience ?
C’est la personne la plus douce que j’ai rencontrée dans l’industrie. Parfois, rencontrer d’autres femmes dans l’industrie peut intimider, mais avec elle, beaucoup de mes peurs ont disparu. Son éthique de travail est incroyable et elle se soucie de donner le meilleur pour ses fans. J’ai beaucoup appris. C’était un défi car j’étais malade, mais ça valait tellement le coup. Ça m’a montré que mon ambition pouvait grandir, que mon plafond pouvait s’élever. Mon moment préféré était à la fin du concert, quand ses fans étaient dehors, pleins d’amour. C’était parfait, 10/10. Je lui suis tellement reconnaissante.
Parlons des projets sur lesquels tu as sorti, peux-tu parler brièvement de 2:4 et After 6 ?
2:4 était mon premier projet. À ce moment là, j’essayais encore de comprendre le type de musique que je voulais faire et de trouver mes repères. Il y a quelques-unes de mes chansons préférées depuis mes débuts. Je voulais créer une collection de chansons inspirées par ce que j’avais vu, entendu et vécu à Londres, en tant que fille africaine. Ce projet m’a vraiment lancée dans le monde.
After 6 était mon premier projet après la sortie de Say Yeah. Je l’ai sorti depuis mon lit d’hôpital juste après avoir accouché. Très personnel, car il est venu à un moment de changement dans ma vie, mais il a été très bien reçu.
Closure Tapes est sorti en 2023 et c’est mon projet personnel préféré. J’y ai mis mes peurs et ma bravoure, en parlant honnêtement de ce que j’avais vécu, presque comme une thérapie. Ça m’a aidée à guérir et à réaliser que je n’étais pas seule. J’ai eu la chance de créer des projets qui ont grandi avec moi et racontent mon histoire. Je suis excitée car je vais sortir un nouveau projet dans le mois à venir. Une nouvelle Mnelia.
ZOOM SUR QUELQUES MORCEAUX
Love Crimes : « est l’une de mes chansons préférées. Le titre vient de Frank Ocean, qui m’a inspirée à créer ma propre version, racontée du point de vue d’une fille du nord-ouest de Londres, un endroit rapide, brut et multiculturel. Le projet Possession with Intent d’ANGEL! m’a aussi beaucoup influencée. À l’époque, je n’étais pas en couple : j’écris souvent pour la « moi » du futur. »
L&B : « était ma première tentative d’un son inspiré par le drill. J’adore le rap et je voulais montrer ce côté plus brut de moi-même. Je dis souvent que je suis une rappeuse qui chante. »
Genesis: « est née d’une rupture. Je l’ai écrite pour retrouver confiance en moi. À la fin, mon manager m’a proposé d’inviter Bellah et Joyce Wrice, deux artistes que j’admire. Ce morceau a une place très spéciale pour moi. »
Heaven : « Créée avec les mêmes producteurs que Genesis, Heaven est espiègle, confiante et faite pour que les femmes se sentent fortes et libres. »
My Man : « fait partie de mes trois chansons préférées. Même célibataire, je parle de mon futur compagnon. En couple, je parle de l’homme à mes côtés. Elle fonctionne dans les deux cas. »
Brozone : « est née d’une session avec mes amis producteurs. Comme je suis leur « petite sœur », on a décidé de parler de rejet plutôt que d’amour. Je ne mets même pas le garçon dans la friendzone : je le mets dans la brozone. C’était spontané et fun, et ça m’a rappelé que la musique doit aussi être un jeu. »
Passons au remix de Genesis que j’adore, avec des artistes incroyables. Comment ces connexions se sont-elles faites ?
Bellah et Mira May viennent de Londres et quand tu fais du R&B là-bas, c’est facile de se connecter avec les artistes de la même génération. Elles m’ont beaucoup soutenue depuis le début et je les adore. Quand je leur ai demandé de participer, elles attendaient juste que je les sollicite. Ensuite, mon manager m’a demandé qui je rêvais de voir sur ce remix à l’international et j’ai dit Joyce Wrice. Il l’a contactée et elle a accepté. Je suis vraiment bénie de rencontrer des personnes si gentilles dans l’industrie musicale.
Parlons de tes visuels, qui sont parmi mes préférés. Peux-tu expliquer le processus et ton implication ?
Je suis très impliquée depuis le début. J’ai toujours voulu être une artiste visuelle. Avant Say Yeah, personne ne voyait mon visage. Mes premières inspirations musicales venaient des clips sur MTV : Craig David, Brandy, Kanye West, 50 Cent… Les vidéos musicales ont toujours été ma référence et j’essaie de garder cet art vivant. Pour moi, le visuel est essentiel : il engage les sens, crée une expérience immersive.
Mon clip préféré est le remix de Genesis. Sahra Zadat l’a réalisé. Nous voulions représenter « l’empowerment » féminin et la connexion entre filles. Le denim était un signe d’unité. Joyce n’a pas pu être sur place, donc nous avons filmé ses plans sur un trottoir à L.A, et tout s’est parfaitement coordonné. Le jour du tournage à Croydon, il faisait très froid, mais j’ai rassemblé mes amis et ma famille, Kadeem Tyrell, Tamera… Tout le monde était proche de moi. Chaque personne dans mes clips fait partie de mon cercle, c’est toujours très intime.
Mon clip préféré de tous les temps ? Probablement Novacane de Frank Ocean ou All of the Lights de Kanye West.
T’écoutes quoi en ce moment ?
En dehors du UK throwback R&B, beaucoup de Regina Bell, Justin Bieber, Madison Ryann Ward (ma favorite actuelle), Rihanna, Jhene Aiko, Brandy, DVSN, Drake, un peu d’Amapiano, et mon amie Sasha Keable.
Mon manager m’a fait découvrir Clipse. J’ai pris une longue pause du rap pour me concentrer sur le R&B, mais je trouve que certains artistes R&B « rappent » dans leurs chansons, comme SZA. J’écoute aussi beaucoup de rap UK classique : Giggs, Dubz, Bashy, Tempa T…
Et pour l’avenir ?
Nouveau projet très bientôt. Brozone est sorti il y a un mois, mais je travaille sur une mixtape que j’aime vraiment. Plus de musique, plus de performances, j’aimerais venir à Paris. J’y ai passé tous mes étés, j’ai beaucoup de famille en France. Donc un concert à Paris arrivera, je le promets.
Y aura-t-il des versions vinyles de tes projets, un jour ?
Oui, absolument. J’adore les objets vintage, les cassettes, la collection. Mes premières vidéos et mes shows sont sur cassette. Je suis très attachée à ces souvenirs et objets.
Voilà, c’est la fin de cette interview, merci à toi Mnelia.
Merci à toi ! C’était génial !



