L’IA musicale Suno traverse une semaine particulièrement mouvementée, tiraillée entre pressions judiciaires et rapprochement accéléré avec l’industrie du disque.

Le chanteur Jason Isbell, sextuple lauréat des Grammy Awards, a déposé le 31 août une plainte collective (class action) devant un tribunal fédéral, aux côtés de David Lowery (Cracker, Camper Van Beethoven), du bluesman texan Guy Forsyth et du saxophoniste floridien Eduardo Calle.

Fait notable relevé par Music Business Worldwide : les 84 pages de la plainte ne comportent aucune accusation de violation de droit d’auteur. Les artistes reprochent plutôt à Suno d’exploiter commercialement leur identité sans autorisation.

Au même moment, la société canadienne de gestion collective SOCAN a elle aussi assigné Suno en justice, l’accusant d’avoir généré des morceaux « identiques ou substantiellement similaires » à des titres de son répertoire, parmi lesquels « Both Sides Now » et « Sk8er Boi ». La plainte a été déposée le 2 septembre — SOCAN devient ainsi la troisième société de gestion collective à poursuivre la plateforme.

Coup de théâtre en pleine tempête judiciaire : Believe a annoncé le 8 septembre un accord de licence mondial avec Suno. Un revirement complet, puisqu’en avril 2026 le distributeur avait justement commencé à bloquer systématiquement les morceaux générés sur des plateformes non licenciées — catégorie dans laquelle il plaçait alors Suno. Concrètement, les artistes et labels distribués par Believe et par TuneCore, sa plateforme dédiée aux artistes indépendants, pourront désormais choisir d’intégrer leurs catalogues aux nouveaux modèles « sous licence » développés par Suno avec l’industrie. Tous les titres créés via ce nouveau modèle deviendront éligibles à une distribution via Believe et TuneCore.

Cette annonce précède de peu le lancement, le 9 septembre, de la sixième génération de modèles de Suno (v6), développée avec ses partenaires Warner Music Group, BMG et désormais Believe — les anciens modèles ont été retirés le jour même. Suno s’était déjà engagé sur le watermarking, la reconnaissance d’empreintes audio (fingerprinting) et un plafonnement du nombre de téléchargements mensuels pour ses abonnés. « v6 est conçu pour repousser les limites de la création et poser les bases de nouveaux produits qui ouvrent des opportunités de revenus dans tout l’écosystème musical », a écrit le cofondateur et CEO Mikey Shulman dans un billet de blog.

Deux visages d’une même stratégie : d’un côté, Suno multiplie les accords de licence avec les majors et les indépendants pour s’imposer comme un acteur légitime de l’écosystème musical ; de l’autre, la pression judiciaire ne faiblit pas, portée par des artistes et des sociétés de gestion collective qui refusent que leur identité ou leur catalogue servent de matière première sans consentement.