À seulement 24 ans, Tyler Lewis s’impose comme une nouvelle voix du R&B britannique. J’ai pu m’entretenir avec elle en exclusivité pour la sortie de son nouveau single « Traces ».
Imene (Meiniy) : Hello Tyler, comment tu vas ?
Tyler Lewis : Ça va super merci, contente d’être là !
Meiniy : Alors, commençons par les bases. Peux-tu te présenter ? Parle-moi un peu de ton parcours, d’où tu viens, comment, quand et pourquoi tu as commencé à faire de la musique ?
Salut, je m’appelle Tyler Lewis. Je suis une chanteuse-compositrice R&B et pop originaire du Royaume-Uni. Je fais de la musique officiellement depuis environ trois ans mais je ne sors des morceaux que depuis un an. Au début, je ne pensais pas devenir chanteuse. Je pensais que j’allais être gardienne de zoo.
Mais j’ai toujours adoré chanter depuis que je suis enfant. J’ai été repéré pour participer à une émission et ça a vraiment déclenché en moi le sentiment de « Oh mon Dieu, c’est ça que je veux faire toute ma vie ».
Après ça, j’ai commencé à écrire de la musique en studio. C’était en 2020, la première fois que j’écrivais une chanson en studio, ce qui était super excitant à l’époque. Je ne réalisais pas que ça allait sortir et que les gens allaient l’entendre.
Maintenant, je sors officiellement de la musique, ce qui est vraiment excitant. Je sens que c’est mon job de rêve et honnêtement, je ne sais pas comment j’en suis arrivé là. C’est fou que je fasse le métier que je pensais impossible, étant enfant. Maintenant, je le fais officiellement, et en plus je suis indépendante, donc je le fais vraiment par moi-même, ce qui est génial.
C’est super parce que j’allais justement te parler de ton expérience d’artiste signée chez MNEK, maintenant que tu es indépendante, qu’est-ce que cette expérience t’a appris sur toi-même en tant qu’artiste ?
Je pense que ma plus grande faiblesse a été de laisser les autres prendre le contrôle. J’ai toujours eu cette
tendance de « people pleaser », à dire oui à ce qu’on me demande sans vraiment réfléchir.
Mais être signé m’a fait réaliser ma passion pour mes propres projets et que je devais être ma propre défenseuse et fan. Ce que ça m’a surtout appris, c’est de reprendre le contrôle sur quelque chose que j’aime, surtout quand ça compte tellement pour moi. Pendant les deux premières années, j’écrivais un peu n’importe quoi. Être signé m’a appris à savoir qui je veux être comme artiste, le contrôle que je veux avoir, et comment je veux me représenter, surtout avec les obligations de sortir des morceaux et faire des clips.
Tu as fait des tournées avec des artistes incroyables comme JoJo, Kiana Ledé, entre autres. Comment as-tu vécu ces tournées en tant que nouvelle artiste ? Y a-t-il eu des défis inattendus ?
Le plus grand défi pour moi, c’est toujours le stress avant de monter sur scène. Quand je suis sur scène et
que je commence à chanter, je me sens au top. Mais juste avant ça, c’est la pire partie. Si je pouvais annuler un concert, je le ferais. Mais je sais que je le regretterais après.
Faire des concerts comme celui avec JoJo m’a montré que j’aime vraiment ça, que c’est ma chose préférée à faire. J’ai beaucoup plus confiance en moi grâce à ça.
Parlons d’écriture de chansons, car j’ai vu que tu avais récemment été crédité comme autrice sur une chanson d’Äyanna , « Be a Man ». Quelle est la différence entre écrire pour toi-même et pour d’autres artistes ?
Quand j’écris pour moi même, je suis beaucoup plus perfectionniste, parce que c’est moi qui chante et qui suis sur scène. Je peux réécrire une ligne mille fois sans être satisfaite. Écrire pour d’autres, c’est différent, tu leur donnes le contrôle. Ça me permet d’expérimenter plus. Par exemple, Äyanna a une voix incroyable et une large tessiture, donc quand j’écris avec elle, je sais que la chanson sera géniale et qu’elle va l’interpréter parfaitement. C’est aussi plaisant de pouvoir juste regarder quelqu’un d’autre exceller.
Écrire pour les autres est plus fun, il y a moins de pression, c’est plus libre. Pour moi, écrire c’est souvent
creuser en profondeur, et parfois je n’ai pas envie de ça.
Peux-tu nous décrire un peu ton processus d’écriture ? Est-ce que tu commences par la mélodie ou les paroles ?
J’ai une façon très précise de travailler : je n’aime pas trop travailler avec des morceaux déjà faits. Je travaille avec mon producteur RELYT. Quand on se retrouve, je propose une idée ou une référence musicale, puis il improvise au clavier et sur la production. Ensuite, je commence à chanter des mélodies dessus. On fait plusieurs prises pour structurer le morceau. Puis on décide du thème et de l’intention de la chanson et enfin on écrit les paroles et on enregistre. Je suis très stratégique là-dessus, alors que d’autres peuvent mixer les étapes.
Est-ce que ça t’est déjà arrivé d’être dans la rue, d’entendre quelque chose et d’avoir une idée de chanson ?
C’était surtout quand je suis allé en Corée, il y a quelques mois. Je n’ai jamais été aussi inspiré. Dans chaque rue, la musique passe fort dans les magasins. Je me disais « je veux qu’une chanson sonne comme ça ». Une fois, j’étais dans un café à 23h, la musique qui passait m’a vraiment touché, j’ai pensé que j’aimerais faire quelque chose dans ce style. Mais souvent, quand je suis dehors, ce sont plutôt des concepts ou des personnes que je vois qui me font penser à une chanson.
Quelle émotion est la plus difficile à transmettre dans tes chansons ?
Je pense que je gère bien la tristesse et la colère, mais écrire une chanson heureuse, ça me paraît compliqué. Je suis heureuse dans ma vie de tous les jours, mais je ne crois pas pouvoir écrire une chanson joyeuse parce que dans ma tête, ça sonne trop ringard. J’aime écrire sur des émotions avec lesquelles les gens peuvent s’identifier quand ils traversent des moments difficiles. Donc je dirais que c’est le bonheur.
Parlons un peu de ta voix, car c’est ainsi que je t’ai découverte, il y a quelque temps sur Instagram. Tu chantes vraiment bien. Quel chanteur/se t’a inspiré à devenir une aussi bonne vocaliste ?
Mariah Carey, je sais que c’est une réponse banale, mais personne ne peut nier qu’elle est la meilleure chanteuse. Aussi Brandy, que j’ai découverte plus tard, est incroyable. Mariah, je l’écoutais depuis toujours, et j’étais fascinée par sa façon d’utiliser sa voix, sa douceur, puis sa puissance. Écouter Mariah m’a beaucoup influencée pour apprendre à chanter.
J’adore ton EP Wait Till She Gets Her Heart Broken. C’est en fait l’un de mes projets préférés de 2024. Quand tu penses à l’époque où tu as écrit ce projet et à maintenant, en tant qu’artiste, y a-t-il des choses que tu pensais ne pas pouvoir faire ou que tu n’étais pas à l’aise de faire musicalement et ce n’est plus le cas aujourd’hui ?
Avant, j’étais très structurée quand j’écrivais de la musique alors que maintenant, c’est plus une question de ressenti. Par exemple, quand j’écris en studio, je choisis une chanson selon ce qu’elle me fait ressentir. Je pense que, parmi les choses dont je n’étais pas sûre en tant qu’artiste, c’était d’être sur le devant de la scène. Je détestais l’idée d’être au centre de l’attention, et je crois que je m’y suis beaucoup habituée maintenant. Mais au début, pour mon premier EP, j’ai vraiment eu du mal avec cette question de « quelle est ta personnalité artistique ? » et « comment veux-tu te présenter ? »
Parlons un peu plus de cet EP : quelle est la signification du titre et de la pochette ?
Quand j’ai commencé à écrire avec MNEK, j’ai toujours eu du mal avec le ressenti derrière une chanson. Je pouvais chanter la chanson, mais je pensais toujours que je ne pouvais pas m’y identifier. Donc, je ne transmettais pas ce que Mariah Carey parvenait à transmettre. Même quand j’étais jeune et que je n’avais encore rien vécu de ce qu’elle chantait, je ressentais ce qu’elle disait.
Donc, quand j’étais en session avec lui, je chantais encore et encore, et les gens lui disaient : « Attends qu’elle ait le cœur brisé, c’est là qu’elle va vraiment le ressentir ». Alors, pour écrire cet EP et lui trouver un titre qui reflète bien le fait que je débute comme artiste, je voulais qu’il reflète aussi ma jeunesse, puisque j’avais environ 18 ou 19 ans. Je voulais vraiment que ce soit la fraîcheur, la nouveauté, ma découverte du monde, pas seulement la musique, mais la vie en général. C’est ce que représente le titre. Pour la pochette, je suis assise dans une maison de poupée avec plusieurs pièces. Je voulais vraiment mettre des petites surprises, des « easter eggs », dans chaque pièce, pour que les gens puissent la regarder plusieurs fois et découvrir des choses qu’ils n’avaient pas vu auparavant. Chaque pièce représente aussi une chanson de l’EP.
Les chansons sont écrites comme si on lisait un journal intime, c’était voulu ?
Oui, j’écris toujours dans un journal depuis que je suis jeune. Quand j’ai rencontré MNEK, je lui ai dit : « Ouais, j’écris mon journal, je traîne chez moi ». Je voulais que, quand les gens écoutent mes chansons, ce soit comme s’ils lisaient mon journal intime, mais aussi qu’ils puissent s’y reconnaître profondément. Même si la chanson parle d’amitié ou de relation, je voulais qu’elle soit très personnelle. Heureusement, les gens qui écoutent ma musique s’y identifient vraiment, donc j’ai coché cette case, heureusement.

Quelle a été la chanson la plus difficile à écrire sur ce projet et pourquoi ?
Je pense que la chanson la plus difficile et qui a pris le plus de temps, c’est « Never Been In Love ». On l’a écrite en une journée, et j’ai toujours adoré cette chanson. Mais quand on a dû la sortir et travailler la production et refaire les voix, j’avais du mal à retrouver la voix brute et sincère de ce premier jour. C’était la chanson la plus personnelle de l’EP, je voulais qu’elle soit la plus authentiquement moi, alors je ne voulais pas la sortir sans être pleinement satisfaite de la production. On a donc passé beaucoup de temps dessus.
j’ai beaucoup mûri depuis que j’ai écrit mon premier projet. Je voulais que les nouvelles chansons me ressemblent davantage,
Parlons de « Traces », c’est la nouvelle chanson que tu as beaucoup promue récemment. Cette chanson semble marquer une nouvelle ère pour toi.
Oui, clairement. D’une part parce que je ne suis plus avec mon ancien label, mais aussi parce que j’ai beaucoup mûri depuis que j’ai écrit mon premier projet. Je voulais que les nouvelles chansons me ressemblent davantage, mais aussi qu’elles sonnent plus adultes, car je suis bien plus âgée qu’à mes débuts. Quand j’écoute le premier EP, je ressens que j’étais jeune, je me rappelle où j’en étais et ce que je ressentais en l’écrivant. Pour le nouveau projet, je voulais qu’on sente que j’ai grandi, que ce soit davantage centré sur la musique et la voix. Je veux vraiment que ce soit plus mature.
Peux-tu nous en dire plus sur « Traces » ? Son histoire, son processus de création ?
Quand j’ai écrit « Traces »… j’ai toujours été fascinée par l’idée des relations qui se terminent, surtout que je n’ai eu qu’un seul copain, avec qui je suis toujours et dont je suis amoureuse. Mais quand je vois des gens qui ont vécu de longues relations et qui se sont séparés, et qui vivent maintenant des vies complètement séparées, ça m’a toujours intriguée. Comment peut-on être si proche de quelqu’un et puis ne plus l’être du tout ? Quand je suis allée écrire cette chanson, c’était autour de cette idée. J’ai aussi été très inspirée par Jazmine Sullivan, parce que quand elle chante avec colère, on ressent vraiment cette colère avec elle. Je voulais capturer ça dans cette chanson. Je voulais aussi que ça ne parle pas seulement de relations amoureuses : je voulais que si quelqu’un a un problème avec sa famille ou ses amis, il puisse aussi s’y identifier.
Qu’écoutes-tu en ce moment ?
Oh, laisse-moi vérifier… J’écoute non-stop Leon Thomas. Chaque semaine, je deviens obsédée par une de ses chansons, toujours une différente. Je pense que c’est l’un des meilleurs chanteurs du moment, et sa musique est incroyable. J’écoute aussi Luther Vandross. Et dernièrement, j’écoute beaucoup Katseye. Je ne suis pas fan de K-pop en général, mais j’ai développé une fascination étrange pour le processus K-pop, la dévotion à la musique et à la carrière en général. Je trouve ça fou et j’adore découvrir ces artistes. C’est vraiment de la bonne pop.
C’est la fin de cette interview, merci à toi Tyler Lewis, ce fût un plaisir de parler avec toi.
Merci à toi, j’ai adoré cette interview, c’est ma première interview pour la sortie de « Traces » donc j’étais super contente de parler avec toi, c’était génial !
Interview réalisée par Imene (Meiniy)
Pour écouter l’EP de Tyler Lewis c’est ici :
.




